La Coalition internationale pour l’habitat (HIC) a participé activement à la Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (ICARRD+20), qui s’est tenue du 24 au 28 février 2026 à Cartagena de Indias, en Colombie. Cette rencontre mondiale a marqué les vingt ans de la conférence initiale de 2006 et a réuni des gouvernements, des agences des Nations Unies, des organisations de la société civile, des mouvements sociaux et des institutions académiques afin de faire le point sur les avancées et les défis en matière de gouvernance foncière, de réforme agraire et de développement rural.
L’engagement de HIC s’inscrit dans son mandat historique de promotion des droits humains à la terre, au logement et à l’habitat. Reconnaissant que la gouvernance foncière est étroitement liée à l’égalité de genre, à la justice climatique et à la réalisation des droits humains dans les contextes ruraux comme urbains, la Coalition a contribué à promouvoir une approche fondée sur les droits tout au long des différents espaces de l’ICARRD+20.
La délégation de HIC était composée de membres et de partenaires issus de diverses régions, reflétant le caractère mondial de la Coalition et son ancrage dans les réalités locales. Elle comprenait Hassiba Belghith (Association Citoyenneté et Développement Durable – AC2D, Tunisie), Maede Salimi (Center for Sustainable Development and Environment – CENESTA, Iran), Joseph Schechla (Housing and Land Rights Network, Égypte), Derrick Sebaka (Habitat Defenders Africa, Ouganda), Laura Tabet (Nawaya, Égypte) et Hilary Zhou (Zimbabwe Peoples Land Rights Movement, Zimbabwe). D’autres membres affiliés à HIC ont également participé à travers différents réseaux, notamment Khalid al-Khawaldeh (Jordanie), Massa Koné, représentant des mouvements sociaux au Conseil de HIC (Mali), et Musa Sowe (Gambie). Par ailleurs, Dr Mohamed al-Salimiya, de Palestine, a joué un rôle clé en portant la voix des communautés affectées par les conflits et les déplacements.
Avant la conférence officielle, les délégué·e·s de HIC ont contribué à la Conférence académique internationale « Land, Life and Society » à l’Université de Cartagena. Cet espace a rassemblé des chercheurs et des praticiens afin de produire des analyses fondées sur des données probantes concernant la gouvernance foncière, la réforme agraire et les inégalités rurales. Les membres de HIC y ont souligné que l’accès à la terre doit être compris comme faisant partie d’un ensemble plus large de droits, incluant la sécurité d’occupation, le logement et l’accès à la justice, tout en mettant en lumière les dynamiques structurelles de dépossession liées notamment aux marchés et au financement climatique.
HIC a également joué un rôle actif dans le Forum des peuples et des mouvements sociaux, un espace clé de la société civile organisé en amont de la conférence officielle. Ce forum a réuni des mouvements paysans, des peuples autochtones, des organisations de la société civile et d’autres acteurs afin de formuler des revendications communes et d’influencer l’agenda de l’ICARRD+20. Les délégué·e·s de HIC y ont apporté des témoignages, facilité des discussions régionales – notamment en Afrique et dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord – et contribué à renforcer les analyses collectives. Une intervention marquante a été portée par le Dr Mohamed al-Salimiya, mettant en évidence les impacts graves des conflits, de l’occupation et des déplacements sur les droits à la terre et au logement, en particulier en Palestine.
Dans ces espaces, HIC a plaidé pour une approche globale de la réforme agraire fondée sur la justice et la responsabilité. La Coalition a notamment mis en avant le Cadre relatif au droit à réparation (RRF) comme alternative plus complète aux approches limitées de la réforme foncière, en insistant sur des éléments essentiels tels que la restitution, la compensation, la réhabilitation et les garanties de non-répétition pour répondre aux injustices passées et actuelles.
Lors de la conférence officielle ICARRD+20, les délégué·e·s de HIC ont participé activement aux sessions plénières, aux dialogues thématiques et aux espaces de mise en réseau. Ils ont souligné la nécessité de relier la réforme agraire à des droits plus larges liés à l’habitat, notamment le droit à un logement adéquat, la justice climatique et la protection des défenseur·e·s de la terre et de l’environnement. Leurs contributions se sont appuyées sur des expériences concrètes issues de différents contextes régionaux, abordant des questions telles que les expulsions forcées, la restitution des terres et les solutions d’habitat portées par les communautés.
La conférence s’est tenue dans un contexte de crises mondiales croissantes, caractérisées par une concentration accrue des terres, les effets du changement climatique, l’insécurité alimentaire et la réduction de l’espace civique. Des données présentées lors de l’événement ont révélé que seulement 35 % des terres dans le monde disposent d’une documentation formelle de propriété et qu’environ 1,1 milliard de personnes risquent de perdre leurs droits fonciers. Ces constats ont renforcé l’urgence d’adopter des systèmes de gouvernance foncière inclusifs et fondés sur les droits.
Malgré la richesse des échanges et la forte mobilisation de la société civile, la déclaration finale de l’ICARRD+20 s’est révélée en deçà des attentes. De nombreuses organisations, y compris des membres du Comité international de planification (IPC), ont exprimé leurs préoccupations face à la faiblesse du langage en matière de droits humains, à la reconnaissance insuffisante des droits des peuples autochtones et au manque d’engagement en faveur d’une participation effective. En réponse, des acteurs de la société civile ont présenté une déclaration alternative réaffirmant leur engagement en faveur de la justice, de la responsabilité et des droits humains.

La conférence a néanmoins constitué un moment important pour relancer la dynamique mondiale autour de la réforme agraire. La participation de HIC a contribué à renforcer les alliances entre régions et mouvements, tout en réaffirmant l’interconnexion des luttes pour la justice foncière, le logement et l’habitat.
À l’avenir, HIC continuera de travailler aux côtés de ses membres et partenaires pour promouvoir des systèmes de gouvernance foncière équitables et durables. En articulant expériences locales, plaidoyer politique et cadres internationaux des droits humains, la Coalition reste engagée à promouvoir la production sociale de l’habitat, la sécurité foncière et la protection des communautés dont les vies et les identités sont étroitement liées à la terre et au territoire.
Vuillez lire le rapport disponible ici (en anglais).


