Rapport rédigé par Facundo Di Filippo, représentant de l’Amérique Latine au Conseil de HIC
La COP30, tenue à Belém do Pará, au cœur de l’Amazonie brésilienne, a une nouvelle fois mis en évidence les profondes contradictions des méga-événements organisés par les Nations Unies. Dans ce contexte tendu, la Coalition Internationale pour l’Habitat (HIC) a initié et participé à de multiples espaces de débat et de plaidoyer, tant au sein de la Zone Bleue — réservée aux délégations officielles, spécialistes et négociations intergouvernementales — qu’au Sommet des Peuples et dans d’autres espaces animés par la société civile.

Depuis HIC, des espaces d’échange ont été ouverts avec divers acteurs pour discuter de l’urgence planétaire à laquelle nous faisons face, de la réponse insuffisante de la communauté internationale à l’ampleur du désastre environnemental, et de l’apport concret déjà réalisé par les peuples, quartiers et organisations sociales pour faire face au changement climatique accentué par le modèle actuel de mal-développement.
Comme le soutient la Plateforme Mondiale pour le Droit à la Ville, l’une des organisations alliées les plus proches de HIC, « il n’y a pas de justice climatique sans droit à la ville », ni de justice sociale sans justice environnementale. Il n’existe pas de séparation réelle entre la nature et la ville : les conflits urbains sont essentiellement environnementaux, et les impacts des modèles extractifs — urbains, périurbains et ruraux — affectent toute l’humanité. Penser un habitat digne exige de considérer la transversalité des droits humains et de construire des réponses durables face aux impacts environnementaux qui frappent de manière disproportionnée les populations les plus vulnérables.
Le Brésil et le Sommet des Peuples : territoires, résistances et espoirs
Le Brésil a été un cadre particulièrement significatif pour contextualiser la crise environnementale mondiale. Après plusieurs COP organisées dans des pays avec peu de libertés démocratiques et des niveaux élevés de pollution — principalement dans le Sud global —, la COP30 a eu lieu dans un pays divers et solidaire, dont la population a récemment réussi à freiner l’avancée des nouvelles droites autoritaires menaçant la vie et les droits.

Dans ce contexte, le Sommet des Peuples a rassemblé des milliers d’activistes du monde entier, créant un espace dynamique de débats, de défis et de rêves collectifs au cœur du « poumon de la planète ». Des peuples autochtones, des communautés urbaines et rurales ont participé, avec des discussions centrales sur l’agenda des soins, l’enfance, les luttes féministes, la justice climatique et le racisme environnemental, encadrées par les Droits de la Nature et le Buen Vivir.
Il convient de souligner la participation de Massa Koné, représentant des mouvements sociaux au Conseil de HIC, qui, avec une délégation africaine, a développé un vaste agenda pour inviter les mouvements sociaux au prochain Forum Social Mondial, qui se tiendra au Bénin à la fin de l’année 2026.
Progrès, limites et défis de la COP30
La COP30 a montré des progrès partiels et des résultats mitigés. Parmi les résultats positifs :
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L’accord pour développer le Mécanisme d’Action de Belém (MBA) pour une Transition Juste.
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L’approbation de 59 indicateurs d’adaptation dans le cadre des Objectifs Globaux d’Adaptation (OGA).
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La mention explicite, pour la première fois, des personnes afrodescendantes dans les textes finaux d’une COP, y compris la Transition Juste, le Plan d’Action Genre et l’Objectif Global d’Adaptation, représentant un progrès pour l’agenda de justice climatique.
Cependant, ces avancées présentent des limites importantes. Pour une analyse plus détaillée, consulter le rapport élaboré par la Plateforme Mondiale pour le Droit à la Ville, qui a structuré une participation active et stratégique à la COP30, avec des résultats pertinents en termes de plaidoyer politique, production de connaissances et coordination des acteurs.

Deux grands défis demeurent : assurer un financement climatique pour les pertes, dommages et l’adaptation destiné aux initiatives communautaires, et renforcer l’action climatique avec une participation communautaire effective dans les plans de mitigation et d’adaptation ainsi que dans la mise en œuvre des Contributions Déterminées au Niveau National (CDN), en intégrant les savoirs traditionnels et communautaires, comme HIC le promeut en Amérique Latine.
Concernant les villes, la COP30 a donné une visibilité significative à la planification urbaine comme domaine clé pour l’action climatique. La Réunion Ministérielle sur l’Urbanisation et le Changement Climatique, co-organisée par ONU-Habitat et le Ministère des Villes du Brésil, a reconnu ce rôle ; cependant, le document final n’a pas présenté d’avancées substantielles sur le rôle des villes.
L’aspect le plus préoccupant a été le manque de progrès réels vers une transition loin des combustibles fossiles, bloquée par l’absence d’engagement de plusieurs puissances mondiales.
Participation de HIC à la COP30 et au Sommet des Peuples
HIC a participé activement et de manière diverse, notamment dans les espaces suivants :
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Plénier urbain à la Maison des ONG, avec la participation de la Directrice Exécutive de ONU-Habitat, Anacláudia Rossbach. Salutation au nom de HIC par Facundo Di Filippo.
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Side Event à la COP, co-organisé avec Instituto Pólis, WIEGO, YUVA, Misereor et Mahila Housing Trust, sur les initiatives communautaires et la justice climatique dans le cadre du GIEC. HIC a présenté 18 expériences latino-américaines systématisées par HIC-AL. Areli Sandoval a participé.
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Panel sur la pertinence de la Nouvelle Agenda Urbaine face au changement climatique, avec la participation d’Elkin Velázquez (ONU-Habitat) et de Facundo Di Filippo.
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Panel “Justice du logement et changement climatique”, avec la participation d’Irene Escorihuela.
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Au Sommet des Peuples, HIC a participé à l’ouverture de l’axe « Villes vivables et périphéries justes », avec plus de 400 activistes urbains.
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Divers panels sur le droit à la ville, le financement climatique, la gouvernance participative et les indicateurs d’adaptation.
Le moment le plus inspirant a été la Marche Mondiale pour l’Action Climatique, qui a rassemblé près de 70 000 activistes et s’est terminée à proximité du site de la COP. Des membres de HIC venus du Brésil, d’Inde, du Mali, d’Espagne, du Mexique et d’Argentine y ont participé.
Regard vers l’avenir
Dans quelques mois se tiendra le 13ème Forum Urbain Mondial, qui coïncidera avec le 50ème anniversaire d’ONU-Habitat et de la Coalition Internationale pour l’Habitat, ainsi qu’avec le 10ème anniversaire de la Nouvelle Agenda Urbaine. Dans ce cadre, la justice climatique, le droit à la ville et l’action communautaire resteront des axes centraux du travail politique et collectif de HIC.



